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Considérons le moment présent, cet instant qui n'a point de durée puisque dès que nous tentons de le "saisir", il est déjà passé :
".... l’instant semble désigner quelque chose comme le point de départ d’un changement dans l’un ou l’autre sens. En effet, ce n’est certes pas à partir du repos encore au repos que s’effectue le changement ; ce n’est pas non plus à partir du mouvement encore en mouvement que s’effectue le changement. Mais l’instant, qu’on ne peut situer, est sis entre le mouvement et le repos, parce qu’il ne se trouve dans aucun laps de temps. Et tout naturellement, c’est bien vers l’instant et à partir de l’instant que ce qui est en mouvement change d’état pour se mettre au repos, et que ce qui est au repos change son état pour se mettre en mouvement." (cf. Platon – Parménide – 156 e).
Exprimé différemment, l'instant apparaît comme un éternel présent qui paradoxalement sépare et unit "passé" et "futurr" avec la propriété remarquable d'être toujours le même dans sa nature et sa signification, et ce, bien qu'il participe de contextes spatio-temporels différents.
Exemple trivial : le même moment présent est vécu par les êtres de leur naissance à leur mort.
L'instant présent divise donc diverses actualisations du temps, mais, lui-même, n'est pas divisible.
Autre constat remarquable,
les instants ne sont pas affectés par les contraintes de la relativité,
et ne peuvent être rassemblés bout à bout pour former des laps de temps puisqu'ils n'ont pas de durée (sinon en eux, se mêleraient passé et futur).
En cela, l’instant apparaît comme un référentiel absolu.
L'analyse du moment présent par saint Augustin nous paraît dès lors, tout à fait justifiée :
"Je sais qu'il n'y aurait ni, si rien ne se passait, temps passé, ni, si rien n'advenait, temps futur, ni, si rien n'existait, temps présent, ...
Quant à un présent, toujours présent, qui ne s'en aille point en un passé, ce ne serait plus du temps, ce serait l'éternité.
Si donc le présent, pour être du temps, ne devient présent qu'à cause qu'il s'en va en un passé, quel mode d'être lui attribuer, sa raison d'être étant qu'il cessera d'être, si bien que nous attribuons vraiment un être au temps qu'à cause qu'il tend à n'être pas" (cf. Confessions - Livre XI, 14).
Ainsi, le moment présent (l’instant) s'avère représentatif de l’éternité et se révèle omniprésent, impliqué en tout être, ipso facto, impliqué en tout état du réel.
D’ailleurs,
- nous nous transformons sans cesse, physiquement, durant notre existence, mais nous continuons à demeurer identiques en étant toujours soi au sein d'un ego invariant,
- le je (moi, sujet, ego, esprit), bien que capable de transcender le corps (notre identité physique), de se déplacer dans l'espace et d'utiliser le temps, n’est-il pas constamment contraint de reconnaître, de juger, …, de choisir, dans le moment présent, son seul référentiel absolu ?
Autant de faits qui incitent à postuler, avec assurance, le réalisme (l'existence) d'un domaine intemporel royaume de notre identité spirituelle, royaume de l'âme.
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