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Remémorons-nous Socrate interrogeant ses disciples :
"Que voulez-vous ?, voulez-vous avoir des âmes raisonnables, ou des âmes privées de raison ? Des raisonnables.
Quelle espèce d'âmes raisonnables ? des saines ou des perverties ?
Des saines.
Que ne les cherchez-vous donc ?
Parce que nous les avons.
Pourquoi donc ces combats et ces discussions entre vous ? (cf. rapporté par Marc-Aurèle - Pensées, Livre onzième).
Oui, également en ce début de troisième millénaire ces discussions sont plus que jamais nécessaires compte tenu du désarroi de l’humanité et du manque de réponses crédibles apportées par l’intelligentsia aux problématiques essentielles,
en particulier celles qui concernent l'âme c'est à dire l’identité spirituelle.
Identité Spirituelle, Âme, pour l’homme moderne
Platon dans Phèdre, imaginait l'âme comme un attelage que son cocher ne peut maîtriser, à cause de nombreux conflits internes.
Quant à Aristote, il voyait en elle, l'"entéléchie première d'un élément naturel ayant la vie en puissance" (cf. De l'Âme, II, 1, 412 a 38-39), le concept d'entéléchie étant censé recouvrir l'état de perfection ; à notre connaissance, aucun de nos anciens maîtres ne proposa de plus "moderne" compréhension de l'âme.
Imaginer qu’un élément naturel a la vie en puissance, n'est-ce point pressentir le caractère universel du phénomène de la vie ?
Cependant, en de nombreuses civilisations, aujourd’hui encore, l’âme sera (est) reconnue comme un opérateur disposant de pouvoirs mystérieux.
Rappelons-nous saint Augustin :
"Mon âme s'interroge-t-elle sur ses propres énergies, elle n'ose trop se fier à elle-même."(cf. Confessions - Livre X, 32-48),
"L’âme commande que la main bouge, et c’est chose si facile qu’à peine distingue-t-on entre l’exécution et le commandement ; cependant l’âme est esprit, la main est corps.
L’âme commande que l’âme veuille, qui n’est pas autre qu’elle-même, et néanmoins elle ne fait rien. D’où vient ce fait monstrueux ? Pourquoi cela ? L’âme, dis-je, commande de vouloir, chose qu’elle ne commanderait pas à moins que de vouloir, et ce qu’elle commande ne se fait pas.
Mais c’est qu’elle n’est pas toute à vouloir, aussi n’est-elle pas toute à commander. Car autant qu’elle veut, elle commande, et, autant qu’elle ne veut pas, ce qu’elle commande ne se fait pas, puisque la volonté commande qu’il y ait volonté et non pas une autre qu’elle, mais elle-même.
Elle n’est donc pas toute à commander. Car s’il y avait pleine volonté, il n’y aurait pas de commandement pour que cela fut qui déjà serait." (cf. Confessions – Livre VIII, 9).
Certes, la compréhension augustinienne des pouvoirs et des facultés est très primaire vis-à-vis de celle que nous pouvons avoir en ce début de troisième millénaire, néanmoins elle demeure remarquable car elle reconnaît un fait essentiel : la "non-omnipotence" de l’âme, de l’esprit.
Par la suite, à l’instigation de pères de la chrétienté désireux de constamment privilégier la tradition biblique, et sous le couvert d’un anthropocentrisme exacerbé, l’homme et l’âme (l’esprit) furent dépouillés de leurs racines transcendantes et donc universelles.
Or, qui peut oublier les envolées mystiques de Plotin ?:
"Si les âmes possédaient déjà la faculté de sentir, au moment ou elles ont été engendrées comme âmes, si donc elles ont été engendrées comme âmes pour entrer dans le devenir, il en résulte que, pour elles, entrer dans le devenir est inhérent à leur nature même." (Cf. Traité 38. 1, 19),
"Mais dans la mesure où l’âme s’avance vers le "Sans Forme", étant alors dans l’incapacité totale de le saisir, parce qu’elle n’est pas délimitée par lui, ..., elle glisse et elle craint de ne rien tenir du Tout". (Cf. Traité 9 - 3, 5).
Pour ce grand mystique, quelque peu ignoré, l’âme ne relèverait donc pas directement d’un "Sans Forme", d’un "Pouvoir Unitaire", mais s’avancerait constamment vers lui.
Que pouvons-nous raisonnablement affirmer, aujourd'hui ?
Contrairement à ce que crut P.J.Barthez (1734 – 1806) fondateur de l’école vitaliste, les lois de la vie ne sont pas fondamentalement différentes des lois universelles.
Désormais les connaissances en biologie et en neurobiologie, permettent en effet d’affirmer que nous évoluons dans un cybermonde, fruit d’incessantes créations et de perpétuels recommencements, où le "sens" est omniprésent, et qu’ainsi, il n’existe aucun abysse séparant la matière inerte de la matière animée.
Hélas, cette véritable "révolution conceptuelle" s'opère sous la houlette de seuls monistes et sans grandes réactions des spiritualistes qui paraissent se satisfaire du "simplisme" scientifique
Citons ainsi les monistes qui ignorent systématiquement la prise en compte permanente des repères de valeur qui permettent d’assurer la cohérence et la dynamique de tout état du réel, inerte ou animé, perturbé ou en apparent équilibre,
et ce par le moyen d’ activités d’ordre transcendant.
Peut-on croire par exemple, que l'activité des cellules, ces insondables et immenses usines où sont programmées et synthétisées en quelques milliardièmes de seconde, des multitudes d'enzymes dont les processus de fabrication échapperont toujours à notre entendement conscient,
recouvre d’heureux bricolages ?,
peut-on croire que l'activité des cellules se déroule sans intention primordiale, voire hors de tout dessein primordial ?
Bien évidemment non, un non sans appel.
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