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Âme, identité spirituelle Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Âme, identité spirituelle
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En ce début de troisième millénaire, la compréhension du monde, se trouve donc bouleversée.
Tous les phénomènes se révèlent de caractère dual, ipso facto, l'identité des êtres.
Dès lors, la reconnaissance d'une nouvelle identité, l’identité spirituelle, s’impose, tandis que l’âme perd son ancestral statut d’opérateur.

Remémorons-nous à nouveau Plotin :
"C’est pourquoi aussi Platon dit que dans chacun de ces éléments (il s’agit des éléments du réel), il y a une âme, et ce terme d’âme, il ne l’entend pas autrement que comme une âme produisant précisément ce feu sensible. Ainsi ce qui produit le feu d’ici-bas est une vie ignée, un feu plus vrai. Donc le feu transcendant qui est encore plus feu, doit encore être plus en vie." (cf. Traité 38 - 11, 45).

L’intuition de Platon selon laquelle des âmes et un feu transcendant (un état de transcendance) sont associés au réel, fut ainsi un remarquable pressentiment.
Cependant cette intuition riche de modernité, tomba en désuétude, laissant libre cours à d’incroyables errances de l’entendement, notamment celles de Descartes :

"Bien que l’âme soit jointe à tout le corps, il y a néanmoins en lui quelque partie en laquelle elle exerce ses fonctions plus particulièrement qu’en toutes les autres. Et on croit communément que cette partie est le cerveau ou peut être le cœur ; le cerveau, à cause que c’est à lui que se rapportent les organes des sens ; et le cœur, à cause que c’est comme en lui qu’on sent les passions." (cf. Les Passions de l’Âme – Première partie, article 31 ),

"Concevons donc ici que l'âme a son siège principal dans la petite glande qui est au milieu du cerveau, d'où elle rayonne en tout le reste du corps par l'intermédiaire des esprits, des nerfs et même du sang ... Ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège de l'âme est tellement suspendue entre les cavités qui contiennent ces esprits qu'elle peut être mue par eux en autant de diverses façons qu'il y a de diversité sensible dans les objets ; mais qu'elle peut aussi être diversement mue par l'âme." (cf. article 34 ),
"Car il n’y a en nous qu’une seule âme, et cette âme n’a en soi aucune diversité de partie ; la même qui est sensitive est raisonnable, et tous ses appétits sont des volontés" (cf. article 47),

"Pour moi qui ne reconnais dans le chien aucun esprit, je ne pense pas qu'il y ait rien en lui de semblable aux choses qui appartiennent à l'esprit ...
Car encore que l'esprit soit uni à tout le corps, il ne s'en suit pas de là qu'il soit étendu par tout le corps, parce que ce n'est pas le propre de l'esprit d'être étendu, mais seulement de penser ... " (cf. Méditations Métaphysiques - Cinquième réponse, 359 - 389),

"Il n'y a rien de plus clair dans mes Méditations que je rapporte au corps seul la puissance de se nourrir, et non pas à l'esprit ou à cette partie de l'homme qui pense." (cf. Méditations métaphysiques, Septième réponse - 477),

"Il n'y a qu'une seule âme dans l'homme, c'est à dire la raisonnable ; car il ne faut compter pour actions humaines que celles qui dépendent de la raison. A l'égard de la force végétative et motrice du corps à qui on donne le nom d'âme végétative et sensitive dans les plantes et dans les brutes, elle est aussi dans l'homme ; mais elle ne doit pas être appelée en lui âme, parce qu'elle n'est pas le premier principe de ses actions, et elle est d'un tout autre genre que l'âme raisonnable." (cf. Les Passions de l'Âme - Lettre à Regius, mai 1641).

Par bonheur désormais, après de longs cheminements intellectuels autorisés par les sciences, et de profondes introspections, nous pouvons différencier nettement l’esprit de l’âme et ce, bien que tous deux aient un statut intemporel.


Ainsi, selon nous,
à l’instar du corps qui est le réceptacle (l’enveloppe) des cellules, elles-mêmes fruits d’activités biologiques (biophysiques), 
l’âme est le réceptacle abstrait, purement théorique et conventionnel, des activités d’ordre transcendant qui nous caractérisent.
En d’autres termes, le réceptacle théorique des activités transcendantes qui nous permettent d'être ce que nous sommes, peut être assimilé à une identité spirituelle communément dénommée "âme".
L'âme est dès lors une identité virtuelle de caractère analogique.

Quant au "lieu d’être" (au royaume) de cette identité spirituelle, de cette âme, curieusement il demeure inconnu des scientifiques, des philosophes et des théologiens ; c’est pourquoi nous l’avons spécifié par un vocable original : spacimplicatio (contraction des mots latins spatium et implicatio).
Il s’agit d’un "lieu" différent du banal espace,
un au-delà du réel, intemporel et transcendant, par le biais duquel, de toute éternité, une entité créatrice de caractère divin, s’implique dans le monde,
un au-delà dont le domaine de l’abstraction est l’expression singulière.

Il est vrai, admettre l’implication permanente dans le monde d’un pouvoir transcendant (divin) et ce, par l’intermédiaire d’un domaine de transcendance différent de l’espace qui contient le réel, conduit à rejeter nombre de "vérités d’époques et de cultures" transmises de générations en générations et parfois, élevées au rang de dogme.

Nous ne sommes plus à l’époque où l’on croyait, avec la plus grande assurance, que les idées qui, depuis toujours, ont été reconnues vraies par tous, ne peuvent être que vraies (quod ab omnibus, quod ubique, quod semper).
L’entendement du monde conduit aujourd’hui à d’autres vérités !
En outre, face à l’imbrication des connaissances, une très grande ouverture d’esprit et une extrême rigueur sémantique s’imposent.

Reprenons, par exemple, les propos de J. Maritain à Jean Paul II :
"Dans la chair et les os de l'homme, il y a une âme qui est un esprit et qui vaut plus que l'univers tout entier" (Cf. œuvres complètes de Jacques et Raïssa Maritain - tome VII).

Non, l’âme n’est pas un esprit.
L'âme, l’identité spirituelle, est le réceptacle d’activités de l’esprit,
l’âme, l’identité spirituelle n’est pas dans la chair mais à la fois distante de la chair et impliquée dans la chair, nuances de taille !

Les théologiens monothéistes continueront-ils à taire le "Divin" qui s’implique en l’homme, en tout être et dans le monde, considérant, à tort, que l’univers est régi par des lois et des principes ?
Face à l’humanité en attente de réponses crédibles quant au fondement et au réalisme de notre vie spirituelle, rejetteront-ils, longtemps encore, l’universalisme pressenti par nos illustres maîtres Platon, Aristote et Plotin qui inspirèrent les premiers pères de la chrétienté ?,
pour "camper" sur la tradition biblique,
une tradition qui bien que reconnue révélée, ne fit jamais référence au caractère dual de notre état d’être.

Or la vie spirituelle, de par les activités d’ordre transcendant qui la caractérisent, n’exprime-t-elle pas ce qui nous unit de manière permanente, à Dieu ?

Mais alors, étant les fruits de l’implication du Divin,
certains caractères de l’identité spirituelle, de l’âme, ne perdurent-ils pas après la mort, transfigurés dans l’intemporel,
transfigurés dans l’éternité ?
Nous en sommes convaincus.

                                                                     *

Hélas, les théologiens ont toujours été fort silencieux à propos de la vie spirituelle sur terre, voire muets quant à l’identité spirituelle.
Or et nous ne le répèterons jamais assez,
le corps est certes une structure biophysique, donc mortelle,
mais le domaine de l’abstraction atteste d’une vie transcendante dont nous pouvons prendre conscience,
ne serait-ce que parce que dans le domaine de l’abstraction cohabitent dans l’éternel présent du moment (de l’instant), les expériences du passé et les anticipations,
et que nos comportements présupposent la prise en compte permanente de durées, de représentations virtuelles cérébrales du monde, de concepts, d’idées, …, de pressentiments et de sentiments.

Les religions ne conduisent donc pas à la vie spirituelle (transcendante) car celle-ci est la composante essentielle de notre être, en revanche les religions permettent de l’exprimer.
A vrai dire, désormais, de nombreuses sciences révèlent des faits d’ordre transcendant et l’implication du Divin dans le monde.
Malheureusement, les scientifiques dans leur grande majorité, bien qu’ouverts à de nombreuses et souvent changeantes théories, demeurent marqués par une éducation qui les incitent à rejeter toute implication d’un ordre transcendant dans le réel, convaincus que l’univers est régi par des lois et des principes.
Dans une recherche des causes primordiales, il convient de s’extraire de cet a priori car les lois et les principes ne sont pas des opérateurs qui peuvent reconnaître, juger, choisir,…, et décider.

Nous devons également relativiser les discours philosophiques qui n’ont pas innové à propos de l’état de conscience, du néant, du temps, de l’intemporel, de l’éternité et de l’infini ; d’ailleurs, de nombreuses réflexions de grands esprits, pertinentes à leur époque, sont pour le moins, à reconsidérer ; citons :

"De ces deux infinis des sciences, celui de grandeur est bien plus sensible (impressionnant), et c’est pourquoi il est arrivé à peu de personnes de prétendre connaître toutes choses. " Je vais parler de tout " disait Démocrite.
Mais l’infinité en petitesse est bien moins visible. Les philosophes ont bien plutôt prétendu d’y arriver, et c’est là où tous ont achoppé. C’est ce qui a donné lieu à ces titres si ordinaires, Des principes et des choses, Des principes de la philosophie
Mais comme c’est nous qui surpassons les petites choses, nous nous croyons plus capables de les posséder, et cependant il ne faut pas moins de capacité pour aller jusqu’au néant que jusqu’au "tout"
Enfin les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n’étaient point et nous ne sommes point à leur égard ; elles nous échappent ou nous à elles.
Voilà notre état véritable. C’est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d’ignorer absolument. Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d’un bout vers l’autre …
Ne cherchons donc point d’assurance et de fermeté ; notre raison est toujours déçue par l’inconstance des apparences ; rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui l’enferment et le fuient …" (cf. Blaise Pascal - Pensées, Fragment 185).

Il convient en effet de reconsidérer ce texte car bien que les choses extrêmes nous échappent, même avec de puissants moyens technologiques, nous savons cependant que le néant compris au sens strict du mot, n’existe pas et que l’infinitude de l’infiniment grand est inexorablement liée à celle de l’infiniment petit ; plus précisément, l'infiniment grand est formé d’infiniment petites particules émergeant d’un domaine sans structure (sans dimension, indifférencié, unitaire) : l’énergie universelle.
Nous savons aussi que nous évoluons dans un monde où le "sens" est omniprésent, un cybermonde fruit d’incessantes créations et de continuelles destructions, en constantes interactions.
Qu’en est-il dès lors de l’entité d’ordre transcendant qui, de toute éternité, conduit cette dynamique évolutive ?,
de cette entité créatrice qui bien que de caractère divin, s’avère non omnipotente et conduit ainsi à postuler, par nécessité, une omnipotence dont nous ne savons rien : Dieu
.

Nietzsche :

"N'avez-vous pas entendu parler de cet homme fou qui, en plein jour, allumait une lanterne et se mettait à courir sur la place publique en criant sans cesse : " Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu ! " Comme ils se trouvaient là, chez beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu, son cri provoqua une grande hilarité. A-t-il donc été perdu ? disait l'un. S'est-il égaré comme un enfant ? demandait l'autre. Ou bien s'est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarqué ? A-t-il émigré ?, ainsi criaient et riaient-ils pêle-mêle. Le fou sauta au milieu d'eux et les transperça de son regard. " Où est allé Dieu ? s'écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l'avons tué, vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon ? Qu'avons-nous fait lorsque nous avons détaché cette terre de la chaîne de son soleil ? Où la conduisent maintenant ses mouvements ? Où la conduisent nos mouvements ? Loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ? Y a-t-il encore un en haut et un en bas ? N'errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Le vide ne nous poursuit-il pas de son haleine ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne voyez-vous pas sans cesse venir la nuit, plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes avant midi ? N'entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ?, les dieux, eux aussi, se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau, qui effacera de nous ce sang ? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ?" (cf. Le gai Savoir – Livre III, 125),

approuverait-il notre discours, lui qui cherchait désespérément ce Dieu en battant sa coulpe ?
Nous pouvons le penser puisque désormais, les sciences, en particulier la biologie, sont les nouveaux jeux sacrés qui permettent de réhabiliter le Divin et Dieu !


Paul  Moyne




 
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