|
Page 1 sur 4
Connaissances, vérités, erreurs
"Que s'il s'agit d'unités, d'un homme, d'une journée, d'une maison, ce qui va pour un membre, ils le voient bien, ne va pas pour l'autre ; une chose longtemps autorisée est, d'une heure à l'autre, interdite ; un acte permis ou commandé dans le coin que voici est défendu et puni dans le coin attenant que voilà. Est-ce à dire que la justice change, qu'elle évolue ?
Non, mais les affaires d'un moment qu'elle régit, ne vont pas de pair, et pourquoi ?
Parce que ce sont affaires d'un moment, ...
Pourquoi la vérité engendre-t-elle la haine ?
Il est un homme, un homme à toi, qui prêche le vrai. Pourquoi le traitent-ils en ennemi, alors que l'on aime de vivre heureux et que vivre heureux ne consiste qu'en une joie dont la source est la vérité ?
La seule raison, c'est qu'en aimant autre chose, ils aiment ce qui, à leur gré, est la vérité, sans vouloir, comme ils ne veulent pas se tromper, se laisser convaincre qu'ils se trompent." (cf. saint Augustin - Confessions - Livre III 7, 13 ; Livre X, 23, 34),
"Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu'esprit. Et de là vient que l'instrument par lequel la persuasion se fait, n'est pas la seule démonstration.
Combien y a-t-il peu de choses démontrées ! "(cf. Blaise Pascal - Pensées - frag. 671).
Observations pertinentes émises par ces grands esprits qui n’avaient cependant qu’un entendement primaire du monde, en regard des connaissances actuelles.
Encore faut-il tirer la quintessence de notre savoir !
--------------------
Il y a un siècle, H. Bergson (1859-1941) affirmait :
"....pas plus dans les centres supérieurs de l'écorce que dans la moelle, les éléments nerveux ne travaillent en vue de la connaissance : ils ne font qu'esquisser tout d'un coup une pluralité d'actions possibles ou organiser l'une d'elle." (cf. Matière et Mémoire - Paris, Alcan, 1906).
Comment ne pas sourire aujourd’hui, à la lecture de cette déclaration ?
Certes, les éléments nerveux ne travaillent pas en vue de la connaissance, mais ils n'esquissent pas et n’organisent pas.
Ce sont des structures biologiques qui permettent, entre autres :
- de prendre en compte des repères de valeur,
- de transmettre des organisations de processus à effet biologique, de processus à effet comportemental, voire à effet mortifère,
- et d'acquérir les connaissances nécessaires aux actes de création que requièrent la pérennisation et le développement du phénomène de la vie.
Nuances !
Quant à A.N. Whitehead, il voyait dans la connaissance, la symbiose permanente qui, existant entre ses deux sources : l'imagination et les expériences vécues, participe de notre enracinement cosmique.
A vrai dire, notre enracinement dans l’univers est plus subtil,
- d’une part, parce que les connaissances qui émergent de l'état de conscience, sont les fruits d'un vaste ensemble d'activités d’ordre transcendant qui impliquent d'incessantes transmissions d'informations (de "sens") jusqu'au niveau quantique,
- d’autre part, en raison de la substitution permanente des éléments du corps.
Plus précisément nous sommes en permanence doublement reconstruits :
- au macro niveau du corps par le renouvellement des cellules,
- au niveau quantique par le renouvellement continu des particules qui composent les molécules biologiques.
Dès lors, comment ne pas voir en l'homme, un exceptionnel pôle d’activités transcendantes impérieusement nécessaires à la dynamique universelle ?
L'astronome Fred Hoyle ne nous démentirait point :
"Les connaissances actuelles en cosmologie en sont arrivés à suggérer avec assez d'insistance que les situations quotidiennes ne pourraient persister sans les parties éloignées de l'univers, que toutes nos idées d'espace et de géométrie seraient entièrement invalidées, si ces parties éloignées étaient isolées.
Notre expérience quotidienne, même jusque dans ses plus intimes détails, semble être si étroitement intégrée à l'échelle de l'univers qu'il est presque impossible de considérer que les deux domaines (les mondes, inerte et animé) existent séparément" (cf. Frontiers of Astronomy),
des compréhensions que nous exprimons volontiers par l’interrogation réponse :
l’homme n’est-il pas une nécessité divine plutôt qu’un projet spécifique de Dieu sur terre ?!
A propos des informations et des organisations de processus en général, comment ne pas être étonnés en constatant que les philosophes n'ont pas encore répondu, de manière crédible, aux problématiques posées par le "sens" : sa reconnaissance, sa transmission et sa mémorisation ?
Il est vrai que la philosophie est, plus qu'hier, nourrie de concepts, n'hésitons pas à le dire : de plus en plus fumeux, qui lui font perdre une partie de sa crédibilité et de sa noblesse.
Nous pensons notamment à l'"élan vital" proposé par Bergson, à l'expression sartrienne "conscience imageante", à l'auto-pouvoir dévolu à l'imagination par moult penseurs, à la compréhension de l’intentionnalité qui résulterait selon Whitehead de "l'interaction de sentiments primaires", ...
Selon nous,
"… il semble y avoir que deux choses qui soient requises pour être toujours disposé à bien juger :
l’une, que nos connaissances soient, le plus possible, en harmonie avec les comportements du réel,
l'autre, que la mémoire qui permet qu'on se souvienne et qu'on accède à ces connaissances, toutes les fois que l'occasion le requiert, soit fidèle... " (cf. Paraphrase d’une lettre de Descartes à Elisabeth – Egmond, 15 septembre 1645),
cependant,
"... il n'en demeure pas moins que la connaissance consciente a deux extrémités qui se rejoignent :
la première extrémité est la totale ignorance de l'essentiel qu'ont les hommes à la naissance,
la seconde est celle où arrivent les hommes qui, ayant parcouru tout ce que leur intellect permettait de découvrir, trouvent qu'ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance de l'essentiel... " (cf. Paraphrase d’un texte de Blaise Pascal - Pensées - Raison des effets, frag. 77).
Nous ne disposons en effet, d'aucun repère absolu si ce n'est le moment présent qui nous accompagne de la naissance à la mort, et n'accédons qu'à une compréhension extrêmement partielle et relative du monde.
Pourquoi en est-il ainsi ?,
pourquoi l'entendement conscient est-il si pauvre comparé aux connaissances intériorisées impérieusement nécessaires au développement du corps et du phénomène de la vie (par exemple, celles inhérentes aux cellules) ?
Compte tenu du caractère sacrificiel du monde, n'est-ce point en raison de la non-omnipotence de l'entité créatrice d’ordre transcendant, par définition de caractère divin, qui nous anime, qui se reconnaît en nous sous le couvert du moi (je, ego, sujet, esprit) et qui, de toute éternité, est en charge de l’univers ?
Théologiens, en particulier monothéistes, à vos pupitres !
|