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Le monothéisme chrétien est selon nous, l’expression la plus subtile du mysticisme,
la plus subtile, notamment parce que ses pères fondateurs réussirent à intégrer dans leur dogmatique certains concepts révolutionnaires comme celui d’hypostase,
et ce, sans renier par trop, les vérités, dites révélées, transmises par la tradition biblique.
Attardons-nous quelque peu sur l’un de ces pères, le plus charismatique : Saul,
sur Paul, cet impétueux juif de Tarse (?), fou de Dieu, tout d’abord de Yahvé, puis du Christ,
probablement né en l’an 8 de notre ère et mort décapité en 64 ( ?).
Il se présentait volontiers comme citoyen romain, circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreux fils d’Hébreux ; pour la Loi, il était un pharisien, exerçant le métier de "fabricant" de tentes.
Au dire des exégètes actuels, il commença à structurer son mysticisme en psalmodiant les textes rapportés par la Bible des Septante, bible transcrite en grec (sa langue maternelle) quelque trois siècles avant J.C.
Ses études débutèrent à Tarse:
"j’ai été éduqué ici dans cette ville. Avec Gamaliel comme maître, j’ai été instruit de la Loi de nos pères de la façon la plus correcte et j’étais fanatique pour Dieu comme vous l’êtes tous aujourd’hui." (cf. Bible - Actes des Apôtres 22, 3),
pour s’achever à Jérusalem.
Précisons que Gamaliel était un docteur de la Loi empreint de philosophie grecque, reconnu rabban (titre plus prestigieux que celui de rabbin) et dont la parole ne pouvait être mise en doute.
Laissons encore parler Saul :
"J’étais plus avancé dans le judaïsme que la plupart de ceux de mon âge et j’étais farouchement attaché aux traditions de mes pères." (cf. Bible - Lettre aux Galates 1, 14),
et,
".... lorsque Festus l’interpella d’une voix forte : Mais tu es fou Paul, tu as trop étudié et tu perds la raison !" (cf. Bible - Actes des Apôtres 26, 24).
Ainsi, comme tous les pharisiens, Saul croyait aux anges, aux démons et à la résurrection des corps ; la résurrection par exemple, lui paraissait essentielle car elle devait permettre, après un jugement dernier, de récompenser les bons et punir les méchants.
Nul doute cependant, selon nous les incessantes redites durant son éducation religieuse, s’étaient transformées en vérités imprescriptibles ne supportant pas la moindre contradiction.
Pour Paul, seules sont essentielles : l’incarnation de Dieu en un homme : le Christ, la mort et les souffrances de celui-ci pour racheter les péchés de l’humanité et sa résurrection, car ces faits crédibilisent l’amour de Dieu pour l’humanité et le "réalisme" d’un royaume divin.
Il avait également une compréhension originale de la vie spirituelle, comme si celle-ci n’avait de "vraie valeur" qu’après la mort :
"On sème un corps en décomposition, mais il ressuscite incorruptible ? On le sème dans son humiliation, mais il ressuscite dans la gloire. On le sème impuissant, mais il ressuscite en pleine force. On le sème, ce n’était que vie animale, mais il se réveille corps spirituel. Car si le corps doué de vie animale est une réalité, le corps spirituel l’est tout autant." (cf. Bible - Première lettre aux Corinthiens – 15, 42 à 45).
L’idée de corps spirituels, n’en demeure pas moins l’ouverture conceptuelle majeure de la mystique paulinienne.
Dans quel au-delà du réel étaient censées résider, éternellement, ces entités spirituelles ?
Etait-ce dans le lieu idyllique imaginé par Xénophon (- 430, -355), disciple de Socrate, qui en parlait comme de paradeisos (mot grec dérivé de l’iranien : pairidaeza) ?
Problématique d’autant plus ardue, que Paul et ses disciples croyaient en un monde supérieur propre au démon :
"Portez sur vous toutes les armes de Dieu, de façon à repousser toutes les attaques du diable. Car nos ennemis ne sont pas de chair et de sang : ce sont les Principautés, les Autorités, les Maîtres de ce monde obscur, les forces spirituelles mauvaises du monde supérieur." (cf. Bible - Lettre aux Ephésiens – 6, 11 et 12).
Toujours selon Paul :
"Nous le savons, si notre maison terrestre, il faudrait dire notre tente, vient à se démonter, Dieu nous réserve une habitation dans le ciel, une maison qui n’est pas faite de main d’homme et qui est pour toujours." (cf. Bible - Deuxième lettre aux Corinthiens – 5, 1),
"O Galates sans cervelle ! .... Je voudrais que vous me disiez : avez-vous reçu l’Esprit en pratiquant la Loi ou en accueillant la foi ? Vous avez commencé par l’Esprit et vous terminez par la chair...
L’Ecriture savait déjà que Dieu donnerait aux païens la vraie droiture par le chemin de la foi. Aussi Abraham reçut-il cette promesse : La bénédiction passera de toi à toutes les nations. Ce sont donc bien ceux qui comptent sur la foi qui sont bénis avec le croyant Abraham." (cf. Bible - Lettre aux Galates – 3, 1 et 2, 8 et 9).
En d’autres termes,
tous les corps humains peuvent être les réceptacles de l’Esprit,
tous les peuples, et pas uniquement Israël, sont temple de Dieu !
Paul fut ainsi le premier théologien juif de citoyenneté romaine, à mettre en exergue avec autant de force, le "réalisme de l’Esprit" sans toutefois reconnaître l’implication permanente du Divin en tout être et dans le monde, en tant qu’entité créatrice,
comme si l’univers une fois créé par Dieu, pouvait évoluer en toute cohérence et dans son infinie diversité, de par sa seule nature physique.
La mystique paulinienne traduit également un universalisme qui rompt avec la "suffisance" affichée du judaïsme, une suffisance qui caractérise hélas, maints dogmes monothéistes actuels.
Néanmoins, cette mystique fut trop subtile pour son époque, comme l’avoue d’ailleurs le rédacteur de la deuxième lettre de Pierre :
"Croyez bien que si Dieu prend son temps, c’est pour vous sauver. D’ailleurs Paul, notre frère bien aimé, vous a écrit à ce sujet avec la sagesse que Dieu lui a donnée. Il en parle dans toutes ses lettres. Il faut le reconnaître, elles sont parfois difficiles à comprendre et les gens sans instruction ou peu sûrs les comprennent de travers pour leur propre dommage,
comme ils font avec les autres Ecritures." (cf. Bible - Deuxième lettre de Pierre écrite probablement en l’an 100 – 3, 15 et 16),
à tel point qu’après la mort de Paul, jusqu’à saint Augustin (354 – 430), il n’y eut aucune avancée conceptuelle majeure de la mystique judéo-chrétienne.
Les disciples de Paul se contentèrent de faire référence à son autorité théologique, et si l’on en croit les exégèses actuelles, certains d’entre eux écrivirent même en son nom : cf. lettres aux Ephésiens, aux Colossiens et aux Hébreux.
A vrai dire et à titre de comparaison,
croyez-vous qu’il soit possible de nos jours, pour les physiciens de l’élémentaire, de communiquer leurs connaissances aux personnes qui n’ont pas de très grandes capacités d’abstraction et une culture mathématique appropriée ?
Certes non.
Ne nous étonnons donc pas de l’"éclatement" du paulinisme qui eut lieu au deuxième siècle, à Rome, sous le couvert de trois écoles théologiques, respectivement conduites par Marcion (85 ? – 160 ?), Justin (100 ? - 165 ?) et Valentin.
Justin, dit Justin martyr après son exécution vers 165, chef du courant majoritaire et premier intellectuel chrétien d’origine non juive, conscient de la nécessité de parler d’une seule voix, en somme, conscient de la nécessité de disposer d’un canon, s’efforça alors de concilier les points de vue.
En fait commençait la véritable maturation du mysticisme chrétien ; attardons-nous quelque peu sur certains évènements qui en émaillèrent l’histoire et qui ont une résonnance dans notre compréhension du monde.
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