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Déterminisme, Normalité, Contraintes universelles, Liberté

 

"Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez  vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner à l'astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en mécanique et en géométrie, jointes à celles de la pesanteur universelle, l'ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés, et à prévoir ceux que les circonstances données doivent faire éclore". (cf. Essai philosophique sur les probabilités).

Certes comme le remarquait P. S. Laplace, nous pouvons parfois prévoir ce qui est immuable dans notre monde d’incessantes créations et de comportements invariables, c'est-à-dire dans notre monde déterminé ou partiellement déterminé.
Dès lors, que pouvons-nous dire de ce déterminisme et des degrés de liberté qui lui sont associés ?

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En est-il comme l’écrivaient J. Monod ? :
"L’homme ne peut se leurrer de l’espoir qu’il participe à quoi que ce soit qui le dépasse. Il sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard." (cf. Le hasard et la nécessité).

Nous ne le croyons pas, ne serait-ce que parce que nous participons à la dynamique universelle, notamment puisque nous sommes en permanence reconstruits de manière immuable et cohérente, par échanges de  particules  cosmiques,
et  que le phénomène de la vie se révèle être une potentialité de l’univers actualisée dès que les conditions d’état d’une planète sont adéquates.

D’ailleurs, nous pouvons désormais reconnaître dans les êtres, en particulier dans les "briques de la vie" que sont l’ARN et l’ADN, les aboutissements singuliers (les actualisations) d’incessantes et universelles activités de création d’ordre transcendant,
actualisations qui elles mêmes, attestent le respect du sens, et dépendent de contraintes inexorables et insurmontables.
Ainsi et paradoxalement, le phénomène de la vie est "objet" (empreint) de déterminisme et de degrés de liberté,
et donc de normalités et d’anormalités.


Normalité et anormalité


"Mais direz-vous, personne ne fait de sacrifices à la folie, personne ne lui érige des temples. Je vous l’ai déjà dit, je suis un peu surprise (il s’agit de la folie) de tant d’ingratitude.... 
Il faut que la folie jouisse d’une grande faveur dans le ciel, puisqu’on lui remet tous les jours des fautes qu’on ne pardonnerait jamais à un sage. Aussi, quand la sagesse a fait faire quelque sottise à un homme, il l’attribue aussitôt à la folie, et se met sous la protection de cette bonne déesse." (cf. L’éloge de la folie – Érasme - 1469, 1536).
 
 

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A propos du normal et de l’anormal qui expriment aussi, de manière singulière, le caractère relatif de l’interprétation des perceptions, laissons encore parler la folie :

" ... N’attendez de moi ni définition, ni division de rhéteur. Rien ne serait plus déplacé. Me définir, ce serait me donner des bornes, et ma puissance n’en a point....
Je ne suis sortie ni du Chaos, ni des Enfers ; je ne dois le jour ni à Saturne, ni à Japet, ni à aucune de ces vieilles divinités de rebut. C’est Plutus qui fut mon père, ce Plutus qui, n’en déplaise à Homère, à Hésiode et au grand Jupiter même, est le père des dieux et des hommes ; ce Plutus qui, aujourd’hui comme autrefois, bouleverse à son gré et met sans dessus dessous toutes les choses profanes et sacrées ; ce Plutus qui conduit à sa fantaisie la guerre, la paix, les empires, les conseils, les tribunaux, les assemblées des peuples, les mariages, les traités, les alliances, les lois, les arts, le sérieux, le plaisant, ...., je perds haleine....
En un mot, sans moi, vous ne verrez dans la vie aucune liaison agréable ou permanente. Le monarque deviendra bientôt insupportable à son peuple, le valet à son maître, la suivante à sa maîtresse, le disciple à son précepteur, l’ami à son ami, le mari à sa femme, l’hôte à son hôte, le camarade à son camarade, s’ils ne sont occupés sans cesse à se bercer mutuellement des douces illusions de l’erreur, de la flatterie, de la complaisance, ou de quelque autre agréable folie....

Il y a donc deux sortes de démence.
Il en est une, fille affreuse des enfers, que les cruelles Furies répandent sur terre, toutes les fois qu’elles jettent leurs horribles serpents dans les cœurs des mortels, pour y souffler les fureurs de la guerre, la soif insatiable de l’or, l’amour honteux et criminel, le parricide, l’inceste, et tous les autres crimes de cette espèce...
Il en est une autre, bien différente de la première, qui est destinée à faire le bonheur de tous les hommes. Elle consiste dans une certaine illusion délicieuse qui s’empare de l’âme et lui fait oublier toutes les peines, toutes les inquiétudes, tous les chagrins de la vie... 
Peut-on trouver des hommes plus fous, et par conséquent plus heureux que ceux qui croient qu’en récitant chaque jour certains versets des psaumes, ils ne manqueront pas d’aller au paradis ? Quelque chose d’aussi fou et d’aussi plaisant, ce sont ces saints que l’on érige en protecteurs des différents pays. Chaque petite contrée a son patron, qu’elle honore avec des cérémonies particulières, et qui a aussi ses vertus toutes particulières. L’un par exemple, guérit du mal de dents, l’autre soulage les femmes en couches ; celui-ci fait rendre les choses volées, celui-là préserve du naufrage, un autre protège les troupeaux, et ainsi du reste." (cf. L’éloge de la folie).

Il est vrai, comme le remarquait si justement Blaise Pascal, "les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou, par un autre tour de folie, de ne pas être fou".


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Est qualifié de "normalité" tout ce qui est le plus communément reconnu et admis, comme bon, bien.
Exprimé plus précisément, la normalité recouvrirait tout ce qui se révèle nécessaire et suffisant au bon développement de l'individu, de son espèce et du phénomène de la vie,
et du point de vue philosophique, voire théologique, la "normalité" correspondrait à tout ce qui permet une dynamique équilibrée et cohérente des comportements physiques et psychiques.
Pouvons-nous nous satisfaire de cette seule définition ?
Non.

Toute dynamique présuppose, en effet, des ruptures d'équilibre, à l’état potentiel, représentatives de degrés de liberté, et c'est pourquoi à la normalité demeure toujours associée une "dose" plus ou moins importante d'anormalité,
une non - normalité que l'individu doté d'un état de conscience, se doit, parfois, d’annihiler dans le cadre de ses pouvoirs et de ses responsabilités.

Comme non normalité, à l’état potentiel, citons, par exemple, l'"aspiration au très grand" qui incite aux actions extraordinaires.
Ainsi, en toute civilisation cette aspiration au dépassement conduisit l'homme,
aux actes démesurés comme les constructions mégalithiques, les sept merveilles du monde, les cathédrales, les gratte-ciel, le machinisme, les projets spatiaux, Internet, ....,
aux comportements déraisonnables tels les myriades de "sacrifices" qui, tout au long de notre histoire, résultèrent de régimes sanguinaires, d'idéologies outrancières, de besoins de liberté, ...,
sans oublier les avancées scientifiques nées de "prodigieuses" intuitions.

Or que présupposent, quant aux causes primordiales, ces faits extravagants ?
Faut-il tout bonnement conclure qu'ils découlent de désirs profonds teintés d’un soupçon de folie?,
désir de montrer sa puissance, désir de fuir la condition de mortel, ...., et même, désir de ressembler à Dieu. 

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